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Pyta³em decydentów MFW, jakie maj± dowody na to, ¿e ich neoliberalna polityka jest w³a¶ciwa. Odpowiadali, ¿e nie potrzebuj± dowodów. Wygl±da³o to tak, jakby chodzi³o im nie o politykê, lecz o religiê. Ale to tylko czê¶æ odpowiedzi. Forsowali tak± politykê tak¿e dlatego, ¿e chcia³o jej Wall Street. Niestabilno¶æ, kryzysy, ³±czenie firm, dzielenie firm to raj dla sektora finansowego, który robi na tym ogromne pieni±dze.
Joseph E. Stiglitz

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Slawomir Sierakowski, trublion d’une gauche polonaise en ruine Drukuj
jk   
21.06.2010

Depuis la transition pacifique vers la démocratie en 1989, la gauche a eu l’occasion d’exercer le pouvoir. […] Cette gauche post-communiste ne s’est jamais dotée d’un logiciel idéologique pérenne. Krytyka Polityczna est sa mauvaise conscience. 

„Le Monde” sur Krytyka Polityczna

 

 

Ils se retrouvent pour boire un verre, écouter un concert ou apprécier la performance d’un artiste d’avant-garde. Ils aiment débattre sans fin d’un système politique jugé perverti et des médias intoxiqués par la pensée libérale. Ils sont la nouvelle gauche polonaise : cultivés, urbains, affables, intransigeants, dynamiques, férus de nouvelles technologies. Leur centre névralgique est la revue Krytyka Polityczna („critique politique”). Leur candidat favori, lors de l’élection présidentielle, dont le premier tour a lieu dimanche 20 juin ? Personne. Pas même Grzegorz Napieralski, le troisième homme du scrutin, candidat du SLD (ex-communistes), qui les courtise.

A la tête de ce mouvement, ou plutôt de ce réseau en plein essor au sein de l’intelligentsia des grandes villes, se trouve Slawomir Sierakowski, jeune homme affable de 30 ans à l’esprit acéré. Inscrit cette année à l’université américaine de Princeton, il est de passage en Pologne à l’occasion des élections.

Ordinateur sous le bras, il reçoit en terrasse du café - plein à craquer le week-end - que la revue a ouvert, en plein coeur de Varsovie. Sur la Toile polonaise, le site de sa revue gagne en popularité, séduisant même des jeunes non politisés. Après la catastrophe aérienne de Smolensk, le 10 avril, c’est là qu’on a pu lire les premières analyses sur les excès du deuil national. „Pourquoi ouvrait-on les églises mais fermait-on les théâtres ? interroge Slawomir Sierakowski. Les tragédies ne rendent pas nobles, c’est plutôt le contraire. On peut devenir bête à cause de la foule. La Pologne a besoin d’une psychothérapie.”

Son mouvement est à la jonction du monde culturel, scientifique, politique et journalistique. Il n’a cessé de se développer depuis le lancement de la revue en 2002. Créée en 2007, la maison d’édition a publié une quarantaine d’ouvrages, dont les oeuvres complètes de l’une de ses références, Jacek Kuron, monument de la dissidence décédé en 2004.

En 2009, des centres culturels ont ouvert dans plusieurs villes de province. De nombreux artistes s’y produisent ; on y monte des pièces de théâtre et on y organise des débats. Prochain objectif du réseau, un quotidien d’opinion en ligne. „Pendant longtemps, la scène politique a été fermée, dit Slawomir Sierakowski. S’y opposaient non pas la gauche et la droite, mais les populistes et les réformateurs, qui auraient raison par définition.”

Lui se prétend „social-démocrate ennuyeux, ce qui en Pologne est révolutionnaire”. En fait, Krytyka prône la lutte contre toutes les formes d’exclusion, un Etat vraiment laïque et une Europe sociale, mais elle dénonce surtout les ravages du capitalisme. Slawomir Sierakowski fait sien un slogan de Mai 1968 - „Soyons réalistes, demandons l’impossible” - tout en assurant que „la photo du Che ou les trotskistes français ne (l’)excitent pas”.

Le professeur Radoslaw Markowski, de l’Institut des études politiques, reconnaît ses „talents d’organisateur”. „Mais je ne partage pas l’admiration devant leur production, dit-il. Il est difficile de débattre sur la base de leur jargon philosophico-social. Je suis assez cultivé, mais je ne comprends pas 50 % de leurs écrits.”

Depuis la transition pacifique vers la démocratie en 1989, la gauche a eu l’occasion d’exercer le pouvoir. Mais il s’agissait d’une gauche élastique, pragmatique, vidée de toute idéologie, symbolisée par Aleksander Kwasniewski, élu président à deux reprises en 1995 et 2000. Cette gauche post-communiste ne s’est jamais dotée d’un logiciel idéologique pérenne. Krytyka Polityczna est sa mauvaise conscience. „Le post-communisme est un opportunisme”, résume Slawomir Sierakowski.

La marge de manoeuvre de la gauche polonaise était étroite. Dans un pays très catholique et conservateur sur le plan des valeurs, il est difficile de miser sur des thèmes comme la défense des minorités sexuelles et des immigrés ou la contraception, si prisés par les gauches européennes. Sur le plan économique, la thérapie de choc lors de la transition a imposé une vision très libérale, que la gauche polonaise a adoptée sans états d’âme.

C’est une formation dite de droite, Droit et Justice (PiS), des frères Kaczynski, qui a capté en 2005 l’électorat populaire traumatisé par les réformes, en leur promettant un interventionnisme accru de l’Etat. Un électorat exaspéré par les scandales de corruption qui avaient touché le gouvernement du SLD (ex-communistes).

Depuis, comme l’a illustré la campagne présidentielle, la politique polonaise s’est résumée à un affrontement entre le PiS et une autre formation de droite, la Plate-forme civique (PO), au gouvernement. „Leur principal argument a été : ne votez pas pour les autres”, soupire Slawomir Sierakowski. Pour lui, la Pologne vit sous la coupe d’un „cartel”, qui a imposé un „cynisme éclairé”. Mais pas question pour l’instant de lancer un nouveau parti. Il jouit encore du luxe de ne pas avoir à faire de compromis.

 

 Piotr Smolar „Le Monde”

Article paru dans l’édition du 20.06.10. 


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Aktualizacja    ( 21.06.2010 )
 
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