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Dans son bureau foutoir de Varsovie, encrassé de tabac, Slawomir
Sierakowski, jeune fondateur de la revue Krytyka Polityczna, se veut,
précisément, aux avant-postes d’une «gauche digne de ce nom». Et il ne
mâche pas ses mots: «Les intellectuels de Solidarnosc, qui ont intégré
les postcommunistes au jeu démocratique, parce qu’il valait mieux les
avoir dedans plutôt que dehors, n’auraient pas dû les légitimer à ce
point. Ils auraient dû aider à reconstruire une véritable gauche. Les
Kaczynski ne sont pas des démons venus de nulle part, mais la seule
réponse, terrifiante, au désarroi populaire, les symptômes de
l’injustice de la transition.» Des «charognards», qui ratissent sur ce
terreau de frustrations et d’angoisses liées à l’ouverture du frigo
communiste, en cognant sur tout le monde avec une violence inouïe, les
anciens rouges comme les légendes de Solidarnosc, les Bronislaw
Geremek, Adam Michnik et autres pères de la démocratie. «Taper sur les
intellectuels, les délégitimer, observe Marek Beylin, rédacteur en chef
adjoint à Gazeta, l’ex-quotidien de Solidarnosc, c’est aussi une façon
de s’en prendre à ceux qui font obstacle à une communication immédiate
avec le peuple. Dans une démocratie populiste, le chef charismatique ne
veut aucun pouvoir - médias, élites, corporations… - qui vienne
contrer son volontarisme.»
„L’Express”, le 19 octobre 2007
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